Pour la petite histoire, le mois de février a été choisi parce qu’il correspond aux anniversaires de naissance de Frederick Douglass et d’Abraham Lincoln, deux grands abolitionnistes de l’esclavage. C’est le Dr Carter G. Woodson qui fut l’instigateur de la Semaine des Noirs en février 1926, laquelle est devenue le Mois de l’histoire des Noirs en 1976.
Au Québec, un projet de loi visant à faire du mois de février le Mois de l’histoire des Noirs a été adopté en novembre 2006 et est entré en vigueur le 1er février 2007.
Cependant, alors que nous soulignons ce mois sous la thématique « Élevons nos voix ensemble » de la table ronde du Mois de l’histoire des Noirs à Montréal et dans ma nouvelle ville, celle « D’hier à demain : dix ans d’histoire vivante des communautés noires à Québec — se souvenir, s’unir, construire », il est difficile d’ignorer les enjeux qui nous préoccupent collectivement. L’actualité anxiogène des derniers jours et des derniers mois nous touche tous, et plusieurs d’entre nous cohabitent avec un sentiment d’impuissance, d’anxiété ou d’incertitude. D’ailleurs, une journaliste de La Presse l’exprimait ainsi l’an dernier : « Une vague de désespoir s’empare de nous. Nous sommes des milliers à la ressentir malgré nos efforts d’optimisme et nos conditions de vie enviables » (Bazzo, 2025).
Malgré tout, je me réjouis qu’à travers les activités proposées tout au long du mois (voir les références), je puisse apprendre et m’éduquer davantage sur l’héritage sur lequel mon histoire s’est construite, bien avant mon arrivée au Québec, et sur la manière dont il continue d’évoluer aujourd’hui. Ce savoir repose sur le travail colossal d’historiens sociaux tels que le Dr Carter G. Woodson, Désirée Rochat, Cheikh Anta Diop, Robin Winks, Dre Charmaine Nelson et bien d’autres. Par leurs recherches, ils ont mis au jour une mine de connaissances, révélant les nombreuses connexions liées à l’histoire des Noirs et documentant les migrations africaines.
Je suis fière de faire partie de ces voix qui s’élèvent ensemble et de contribuer, à ma façon, à mettre en lumière la richesse et la diversité des apports des personnes noires au tissu culturel, social et historique du Québec et du Canada.
Mais je suis aussi consciente que ma voisine, ma collègue, et madame ou monsieur tout-le-monde ont souvent la tête ailleurs. Plusieurs réalités nous affectent : les relations commerciales (et humaines) avec les États-Unis, la crainte des locataires face à la hausse du coût des logements, l’indignation devant l’itinérance grandissante partout au Québec, la crise majeure des féminicides aux chiffres alarmants, sans parler de la santé mentale, de plus en plus fragile, des jeunes comme des moins jeunes (Fontaine, 2025).
Même si, politiquement, on entend moins parler des leviers pour agir sur la crise du logement, l’itinérance et d’autres enjeux sociaux, la tension demeure palpable. Pourtant, il existe bel et bien un levier : ne pas céder au désespoir. La solidarité collective est une véritable force de résistance face à l’impuissance et à la détresse humaine. Ne nous isolons pas dans nos inquiétudes. Ne laissons pas nos rires s’éteindre. Ne cédons pas à l’accablement, parfois nourri par des « réseaux qui n’ont de social que le nom ».
Dans ce contexte économique, politique et social stressant, célébrons le Mois de l’histoire des Noirs en 2026 en répondant à un besoin essentiel : prendre soin les uns des autres et unir nos forces. Faisons de l’entraide et de la solidarité une flamme qui entretient l’espoir. Ensemble, nous serons un contrepoids. Chacune et chacun a un rôle à jouer pour bâtir un Québec meilleur demain.
Prenez soin de vous!







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