Le 101 de la course en sentier
Hier, je courais avec une grande amie à moi au Parc national de la Jacques-Cartier et on reparlait du fait qu’aucun sentier ne ressemble à un autre au Québec. On est tellement choyé d’avoir autant de forêts partout! Même en périphérie des grandes villes, on trouve des boisés et des parcs-nature pour s’initier sans avoir à faire des heures de route. Ces genres de conversations me rappellent pourquoi j’ai changé mon chapeau de marathonienne contre celui d’ultra-traileuse en 2016. Et c’est à cette jeunesse que j’aimerais revenir dans ce premier article consacré au monde de la course en sentier. Pour ceux qui seraient moins familiers avec cette pratique, quoique de nos jours très populaire au Québec et au-delà, regardons ensemble quelques éléments de base de cette belle discipline.
Qu’est-ce que la course en sentier?
En général, quand on entend « course en sentier » ou « trail », les deux termes font référence à la même chose. Dans les faits, « course en sentier » et « trail » veulent dire la même chose. L’un est simplement la version française de l’autre.
Mais pour moi, à cause du type de parcours, il vaut mieux distinguer la pratique de courir en forêt en deux catégories : la course dans un sentier roulant et la course dans un sentier technique.
J’entends par « sentier roulant » un parcours dans la nature dont la surface est pratiquement plane, avec des sentiers composés de poussière de pierre. Ils s’apparentent à certaines pistes cyclables ou à certains chemins forestiers au Québec. On peut donc y aller avec nos chaussures de course sur route, car les sentiers sont peu techniques et comportent même certaines portions qui sont asphaltées, tout en demeurant en forêt. Le risque de blessure est généralement très faible et le niveau d’attention nécessaire est minimal. On peut donc profiter des plaisirs de la vitesse sur route tout en combinant les joies d’être en nature.
Lorsqu’on parle d’un sentier technique, on parle de parcours plus étroits, avec des portions parfois à voie unique (« single track »). Souvent plus exigeants, ces parcours sont parsemés de racines, de roches, d’herbes, de petits cours d’eau et de boue. En plus, le trail comporte souvent plusieurs montées et descentes, et son tracé est sinueux. Cela nécessite des chaussures adaptées à la course technique et aux surfaces très variées. Toutefois, même si certains parcours peuvent être clairement classés dans l’une ou l’autre de ces catégories, plusieurs autres peuvent être une combinaison des deux!
Certaines différences avec la course sur route
La première différence évidente est la surface. Effectivement, sur la route, la surface est constante, voire prévisible. En posant le pied toujours de la même façon, presque machinalement, on peut décrocher et laisser nos pensées voyager. En sentier, on a une tout autre expérience. Chaque foulée est différente. Avec les racines, les cailloux, les marches naturelles, la boue, les feuilles mortes et les dévers, on regarde souvent le sol, puis on lève les yeux pour voir un peu au loin ce qui s’en vient. On fait ces deux actions en alternance afin d’anticiper et de s’ajuster. Cette surface variée rend la course en trail plus stimulante, mais aussi plus exigeante pour les pieds et les chevilles, qui travaillent en permanence pour s’adapter.
Pour la deuxième différence, on peut parler de l’environnement qui joue un rôle central dans l’expérience qu’on peut vivre sur route versus en sentier. Dans la nature, on échange le bruit des voitures, des klaxons et des chantiers contre le chant des oiseaux, le son des ruisseaux et celui des arbres qui s’étirent. Donc, ville ou nature, chacun peut choisir. Mais l’immersion dans la nature est souvent la raison pour laquelle plusieurs, dont moi, deviennent amoureux de la course en sentier.
Quant à la troisième différence, elle est comprise rapidement pour certains et pas pour d’autres, c’est l’équipement qui n’est pas la moindre, les chaussures de trail. En effet, les chaussures adaptées aux surfaces techniques s’imposent si on adopte la pratique, car les souliers de route, avec leur semelle plus lisse, peuvent devenir dangereux sur un sentier mouillé ou rocheux. Pour ma part, j’ai fait l’achat de ce genre de chaussures un mois avant ma première course en sentier au Mont-Albert. Mais pour ma défense, je m’entraînais dans les sentiers roulants et je n’avais aucune idée de ce qu’était réellement un sentier technique jusqu’à ce que je fasse le Mont-Albert.
Les chaussures de trail offrent des crampons plus agressifs pour accrocher au sol, une protection renforcée contre les cailloux et les racines, et souvent une meilleure stabilité latérale. Elles offrent aussi une protection au niveau des orteils pour éviter de perdre nos ongles de pieds à chaque sortie! D’ailleurs, sachez qu’en plus de risques de chutes liés à l’utilisation des chaussures de route en sentier, les sentiers techniques risquent aussi d’user les semelles de vos chaussures prématurément puisqu’elles ne sont pas conçues pour cet usage. Bref, c’est généralement une paire de chaussures appropriés au type de sentiers utilisés est le premier achat à prévoir quand on veut sérieusement s’y mettre.
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Bien qu’il y ait encore plusieurs différences, je pense entre autres au dénivelé positif et négatif, je vous en partage une dernière qui, pour moi, a marqué ma pratique à ce jour, c’est l’autonomie et le matériel spécifique au trail. En effet, alors que sur route, on n’est jamais bien loin de tout ce dont on peut avoir besoin comme l’eau, le réseau cellulaire, le dépanneur pour se restaurer, en sentier, c’est plus compliqué, surtout sur de longues distances. D’ailleurs, plus la sortie est longue et éloignée, plus l’autonomie devient une question de sécurité et pas seulement de confort.
En trail, il faut être plus autonome. On transporte son eau dans un sac ou une ceinture, on apporte de la nourriture et parfois une couche imperméable, un sifflet, un téléphone chargé et une lampe frontale, au cas où, même quand on ne pense pas finir à la noirceur.
Aussi, on n’insistera jamais assez non plus sur le fait d’informer un proche de nos plans afin d’essayer de prévoir l’imprévisible et de faciliter les secours s’il y avait un problème majeur.
La culture unique de la montagne
Pour ceux qui font de la course en sentier depuis quelques années, vous savez que cette pratique n’est pas qu’une simple discipline sportive, mais une véritable culture. L’ambiance y est réputée conviviale, solidaire et beaucoup moins axée sur la performance pure que la course sur route. Dans les courses en sentier, du moins pour les gens qui ne sont pas des athlètes de haut niveau, on jase, on s’encourage, on se partage de l’eau et de la nourriture en cas de besoin et on ralentit pour aider un coureur en difficulté. Il est même fréquent de s’attendre afin de franchir la ligne d’arrivée en même temps. Le simple fait de terminer compte souvent plus que le classement, et cette idée séduit énormément de coureurs qui cherchent autre chose que le chrono.
La culture de la montagne est une philosophie de course en pleine nature qui privilégie, comme on vient de le voir, des valeurs communautaires, mais pas que! On considère aussi le respect de l’environnement, au-delà de la simple performance individuelle. En effet, dans cette culture, le respect de la nature est central. L’idée est de ne laisser aucune trace de notre passage, même si, en réalité, c’est impossible de passer dans la nature sans y laisser quelque chose, surtout quand nous sommes des milliers lors de courses officielles.
Bref, on essaie quand même de minimiser notre impact sur cet environnement qui nous fait tant de bien. On vise donc des gestes simples, comme rester sur les sentiers balisés pour protéger la flore ou encore, à la base, ramasser ses déchets.
Plus qu’une simple course en sentier, on aime cette pratique pour l’accessibilité de l’aventure et la simplicité de l’effort. Pourtant, la majorité des traileurs retourne en montagne pour trouver ou retrouver une connexion à soi et à l’autre, dans des moments où notre vulnérabilité est pourtant mise à nu.
Je conclue en disant que la course en sentier n’est pas simplement de la course sur route déplacée dans le bois. C’est une discipline à part entière, avec sa propre culture tournée vers la nature et la convivialité. Le trail invite à l’aventure, à l’adaptation et au plaisir brut de courir en pleine nature. Et avec les montagnes, les forêts et les parcs nationaux du Québec à portée de main, il n’y a pas de meilleur endroit pour s’y mettre.
Moi, ça fait maintenant 10 ans que j’ai été conquise par la montagne! 🙂
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